tristes vignes champenoises...


Je poste cette photo car j'ouvre ce soir une bouteille de sa cuvée Version originale (un extra-brut). Ce champagne est avant tout un vin, profond et structuré, ample et très persistant, avec une vinosité proche de celle des grands Bourgognes blancs. Le terroir d'Avize s'y exprime à merveille, avec toute l'intensité et la pureté du Chardonnay, souligné par un boisé discret qui étoffe le vin.
Chaque fois que je déguste un vin de Selosse, je pense à ses vignes. On y voit de l'herbe, mais aussi des insectes, une terre meuble, vivante, aérée, nourricière. Cela devrait être la norme, me direz-vous. Savez-vous combien de vignerons en Champagne labourent leurs sols et se préoccupent réellement de la santé des sols, de leur bonne vie microbienne ?? Une poignée d'acharnés, qui continuent à vouloir produire un vrai vin, soignent l'état sanitaire des sols, et deux ou trois maisons de négoce, haut de gamme et qualitatives, ont pris conscience de la gravité du problème.
On se demande dans ces conditions comment les malheureuses vignes arrivent à transmettre aux raisins les éléments nutritifs qualitatifs puisés par les racines.
La Champagne est un vignoble gâté, où les exploitants ont pu s'enrichir par la hausse des cours du prix du raisin et la bonne santé de la demande mondiale pour un produit de luxe à l'image unique. Quand vous vendez à bon prix vos raisins à une coopérative ou un négociant qui va les presser et les assembler avec le jus fourni par les raisins de centaines d'autres producteurs dont vous ignorez l'identité où la provenance, vous ne vous préoccupez pas vraiment de l'état sanitaire des raisins ni de l'expression d'un terroir.
"Le sol, la terre et les champs", par Claude Bourguignon, aux éditions Le Sang de la Terre